« Tu sais, dit-elle, je commence à être fatiguée... »
Il ne répondit rien, comme à chaque fois. Mais Il avait toujours cet air confiant qui la rassurait. Et puis, le jeu en valait la chandelle. Depuis le temps qu'elle voulait voir les étoiles, elle n'allait pas renoncer maintenant. Il avait été si gentil de l'emmener, elle qui ne rêvait que de ça. Elle Lui sourit et se remit en route, les yeux pleins d'une candeur optimiste.
Le Soleil était haut dans le ciel. Il inondait la plage et la faisait frémir de joie. Ses rayons rieurs éclairaient le visage de la petite fille, et réchauffaient son c½ur. Quant à Lui, Il souriait inlassablement. Ici les gens avaient l'air heureux. Elle scruta le ciel d'un bleu profond. « Où sont les étoiles ? », demanda-t-elle. Tout le monde s'arrêta. On la regarda un peu bizarrement. « Il n'y a pas d'étoile ici, lui répondit-on enfin, la lumière de l'amitié brille trop fort. »
Elle grimaça.
« -Mais... Nous voulons trouver les étoiles !
-Si tu veux les voir, il va falloir partir loin d'ici. Mais c'est peine perdue, personne ici n'en a jamais vu de vraies !
-Et nous ne savons même pas si elles existent ! »
La petite fille tourna les talons. Ils ne pouvaient pas comprendre. Ils ne voyaient pas Ce sourire comme elle Le voyait. Ils continuèrent leur chemin, s'éloignant de plus en plus des éclats de rire.
Ses jambes étaient déjà fatiguées lorsqu'ils entendirent un torrent gémir au loin. A mesure que la rumeur grandissait, elle ressemblait à un cri. Arrivée au bord de l'eau, son c½ur frissonna. Le ciel était couvert ici et là de nuages. « Il faut qu'on s'arrête, je n'en peut plus ». Ces mots résonnèrent dans le vide, et un sentiment étrange s'empara d'elle. Mais il lui suffit de regarder Ce sourire pour se sentir mieux. Elle s'allongea et s'endormit avec Lui, et des rêves d'avenir plein la tête.
Elle se réveilla avec un étrange sentiment de froid. Mais en ouvrant les yeux, elle pouvait encore voir la lumière dorée qui perçait les nuages. Elle tourna la tête, et fut surprise de voir une imposante statue postée devant un pont. Elle se demandait comment elle avait pu ne pas la remarquer lorsque celle-ci se mit à lui parler.
« -Que fais-tu ici petite fille ?
-Nous sommes sur la route pour trouver les étoiles ! »
Le gardien parut surpris.
« -Sais-tu ce que cela implique ? Si tu veux les chercher, tes rêves doivent être sincères.
-Ils le sont.
-Tes convictions doivent être solides. »
Elle regarda Son visage. Il était radieux.
« -Elles le sont.
-Soit, puissent-ils te protéger. »
Il s'écarta et la fillette put s'engager sur le pont. Elle n'hésita pas malgré le hurlement des vagues, qui semblaient l'avertir. Il lui sembla entendre, en s'éloignant, que la statue soupirait.
« Tu sais, dit-elle, les étoiles brillent toujours, et d'une lumière des plus belles. Si nous les trouvons, nous serons heureux pour toute la vie. » Elle se tût, et sourit. Il savait déjà tout ça. Il se réjouissait de son effervescence. Il avait cet air un peu absent.
La brume était tombée. Le soleil avait changé. Il semblait gelé. Une ombre passa tout près, une ombre à forme humaine. On n'entendait qu'un sifflement rauque, provoqué par la créature. Quelque chose frôla la petite fille, et elle sentit la morsure glacée du vent. Il y en avait d'autres. Les brumes regorgeaient de ces créatures.
« -Qui sont ces gens ?
-Ces gens ? Ils ne sont pas humains, tu sais. »
Elle s'arrêta. Qui avait parlé ? Elle retint un cri en voyant un énorme serpent ramper doucement vers elle. Ses yeux brillaient de malice, et de sa gueule immobile sortaient les funestes paroles.
« -Ils ne sont plus humains depuis longtemps. Depuis qu'ils sont ici. C'était le risque, ils le connaissaient.
-Qu'est-ce qu'ils font ? Pourquoi sont-ils venus en sachant qu'ils deviendraient ainsi ? »
Le serpent eut un rire grinçant.
« Et toi, lui demanda-t-il, pourquoi es-tu venue ? »
Elle frissonna. L'animal reprit, en s'éloignant :
« Tu es venue parce que tu cherches. Tu cherches alors tu es venue. Et n'essaye pas de te persuader que tu ne connaissais pas les risques. »
Elle avait réellement peur maintenant. Elle pleurait presque. Il faisait si froid. Il essaya de la rassurer, mais ça ne marchait plus. Elle regarda le ciel. La brume était tombée. Le soleil avait changé. Le soleil était mort.
Elle se mit à courir. Lui, la suivait. Leur course les mena au pied d'un arbre immense, tellement immense que sa cime disparaissait dans la brume. Il était si beau. Ils le contemplèrent plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'une branche descendent jusqu'à eux. D'abord étonnée, la petite fille prit finalement l'initiative d'y grimper. Au bout de la branche, lorsqu'elle put toucher le bois du tronc, elle s'aperçut que d'autres branches formaient un escalier. Elle commença donc à les escalader, et Il la suivait. L'ascension fut difficile, mais ils parvinrent finalement en haut. De là, ils dominaient toute l'étendue brumeuse. Ils voyaient encore la rivière qu'ils avaient dû traverser, et qui paraissait si douce vue d'ici. Encore plus loin, on apercevait même la plage. Elle semblait si loin qu'il était impossible d'envisager y retourner un jour. Le tableau ainsi offert aux yeux de la petite fille la stupéfiait. Au-dessus d'elle, sereine, et souriante, la Lune. La petite fille lui demanda :
« -Bonjour ! Où sommes-nous ?
-Ici, lui répondit la Lune, c'est la nuit. »
La nuit. Elle était tant subjuguée par le paysage qu'elle en avait oublié les étoiles ! Enchantée, elle leva les yeux au ciel, et son expression changea du tout au tout. On pouvait maintenant lire sur son visage un mélange de tristesse et de déception.
« Mais,... »
On l'avait prévenue, pourtant. C'était tellement évident.
« Il n'y a pas d'étoiles ici.... »
Elle regarda Ce visage qui souriait toujours.
« Menteur... »
Et alors qu'elle se rendait compte qu'elle avait toujours été seule, elle froissa la Photo et la remit dans sa poche.
Les rêves sont menteurs, et l'Amour n'existe plus.